吉耶斯先生在“陈履生:文·文人·文人画”展开幕致辞

时间:2017-12-19 14:28:11 文章来源:陈履生美术馆  
 

  吉美亚洲艺术博物馆前馆长、文化部文化事务总监、汉学家、艺术史学家、中国和中亚佛教艺术史学家、中国绘画史学家雅克·吉耶斯先生(Jacques Gies)在“陈履生:文·文人·文人画”展开幕致辞,从唐代的王维讲到明代的董其昌,他诠释的文人画是西方的方式和理解,其独特的见解说明在汉学家眼中的文人画有着重要的文化价值。

全文如下:

  大使阁下,中心主任,女士们,先生们

  陈履生先生个展的题目“文·文人·文人画”,涵盖了漫长笔墨艺术——绘画和书法,以及文学艺术中诞生的一种中国文化特色。这种中国原创的“纯粹”艺术充满说服力和强烈的魅力,自13、14世纪开始成为远东地区共有的最具创新性的绘画表现形式,并在朝鲜、日本等国得到继承。

  陈履生先生作为学者、教师、大型文化艺术机构负责人的职业生涯,始终与绘画和书法创作相伴而行,也因此得以为我们呈现了中国古老而伟大的“文人画”如此鲜活、现代的一面。

  在以遍布五大洲的当代艺术沙龙为代表的国际艺术市场主宰下的艺术潮流,正在消除古代文明所流传的艺术和文化特色,使之唯一化、全球化的今天,陈履生先生宣告、坚持,并通过作品践行着“理性”,准确说,是对文化融合的新时代的信念,一种普世的,救世主般的善意,这就是人们不厌其烦地,在各个地方提到的如口号般的“多文化主义”。

  所谓“文人画”到底是什么?对这种特殊艺术的表述比其出现要晚得多。明末画家和理论家董其昌将文人画的历史上溯到公元八世纪,在唐代诗人和画家王维的作品中就有体现,到北宋成为绘画主流。追本溯源,文人画应该源于“山水画”,以及与之相关的“木石”“花鸟”等,这些主题都与自然和生活相关。

  然而,从画家本身来说,文人画还有另一个层面的源流。笼统来讲,就是写意。换句话说,就是对这些主题在作者心中产生的感受的忠实表达,是画家在看到、想到这些主题时,能够唤起内心的独特的意识,也就是我们今天所说的艺术家的“主观表达”。

  任何艺术表达都是对主观的再现,要想把握其中的细节,就要强调如何配合和阐述主题,而这也是整个作品的本源。也就是(董其昌曾有很好的阐述)对“形似”的模仿。这要求艺术家有娴熟的专业技巧,也是画家本来的职业范畴的内容。文人画则相反,为了实现对所见事物的实质、而不是表面形态的展现,在对细节真实准确性追求方面比较自由。在高品质的作品中,对物的表现却是如此美丽和令人沉醉。在中文中,这种绘画被称为“士大夫写意画”。

  陈履生先生在巴黎中国文化中心的展览就属于这种纯粹的中国艺术表现形式,既有对传统的继承,也有当代的创新。

  非常感谢艺术家在巴黎借这个展览为我们呈现了真正的艺术创作。

  Jacques GIÈS

法文版

ChenLyusheng : Lettres, lettré, peinture de lettrés

Centre culturel de Chine à Paris

Inauguration mardi 12 décembre 2017

Mr. L’Ambassadeur … ,              

Mr. Le Directeur …,      

Mesdames,Messieurs

Cesmots déclinés « (les) Lettres,lettré, peinture de lettrés : wen文,wenren文人,wenrenhua文人画 ou shifuhua 士夫画», titre de l’expositionpersonnelle de maîtreChen Lyusheng, recouvrentune spécificitéculturelle de la Chine née de sa trèslongue histoire des Arts dupinceau et de l’encre : peinture et calligraphie, et des Lettres ; convaincante, séduisante,cette pure invention chinoise d’un « Arttotal » devint dèsles XIIIe-XIVe siècle le bien commun – en l’unedes expressions picturales les plus novatrices –des pays d’Extrême-Orientqui en ont reçul’héritage :la Corée et le Japon.

MaîtreChen Lyusheng, dont la carrière d’enseignant, de chercheur et de directeur degrandes institutions culturelles et artistiques s’est toujours alliée à lapratique de la peinture et de la calligraphie, nous donne une vivante et trèscontemporaine image de cette longue et magnifique histoire de la « peinturede lettrés ».

MaîtreCheng Lyusheng le déclare, y tient, et le démontredans son œuvre àl’heure oùla vogue – commandéeessentiellement par le marché international de l’Art –des grandes manifestations de Foires d’art contemporain présentées sur les Cinqcontinents, tend (contrairement à la démarche de Cheng Lyusheng) à aplanir lesgénies culturels et artistiques particuliers des civilisations historiques dansune expression Une et unique, mondialisée :raison, précisément, d’une croyance en un âge nouveau de fusionculturelle, à l’exemple d’une fraternisation universelle, messianique.  Ce fameux « multiculturalisme » qu’onnous rabâche,ici et peut-être aussi ailleurs, commeun nouveau mot d’ordre !

Que recouvrent au juste, dans la réalité des œuvres créées,ces termes :peinture - de - lettrés ?

L’expression, la conscience de cette singularité aété formulée tardivement par rapport à l‘apparition de ce mode artistique.C’est le peintre et théoricien Dong Qichang董其昌(1555–1636), contemporain de la fin de la dynastie des Ming, qui la formula,retraçant son origine jusque dans les hautes époqueshistoriques, notamment dès le VIIIe siècle, sous la dynastie des Tang : latrouvant dans l’art du poète-peintre Wang Wei 王维, et clairement affirmée, depuis l’époque des Song du Nord (Xe siècle) dansun courant d’expression picturale qui deviendra majeur.

La source decette peinture se discerne dans les thèmes privilégiés du « paysage », et aussibien largement décliné dans les sujets ramassés qui l’évoquentet que sont : « rochers etarbres », « fleurs et d’oiseaux », etc.,sujets emprunts de ces thèmes touchant à la Nature et à la Vie. Voici pour les sujets.

Mais il estun autre aspect : c’est la source de cette peinture pour les peintreseux-mêmes. Elle est, pour le dire de façon elle-même ramassée « expression de l’idée » (xieyi写意). Autrement dit, expression fidèle à la perceptionintime renvoyée par ces sujets, expression que se forme le peintre auspectacle, au contact visuel et mémoriel de ces sujets, éveillant en lui uneconscience intime et particulière ; nous dirions aujourd’hui :expression subjective de l’artiste.

Pour en saisir lanuance, car il semblerait aller de soi que toute expression artistiquerelèverait, par définition, de cette subjectivité, il faut en souligné lecontrepoint qui est à l’origine de l’argument. Ce contrepoint (notammentdéveloppé par Dong Qichang) est l’imitation à « ressemblance formelle ». Celle-ciappartient au domaine propre de la dextérité des artistes professionnels, des peintres demétiers. Aussi, la peinture de lettrés apparaît-elle alors comme une voie d’expressioncontrairement libre de cette exactitude des détails véristes pour se hisserau plan de l’essence des choses perçues, plutôt qu’à leur apparence, si belle et séduisante qu’elle pourrait paraître dans une œuvre de qualité.

Ainsi, pourexprimer cela la langue chinoise à forgée l’expression « peinture de lettré, expression de l’idée »shitafu xieyi hua士大夫写意画.

L’œuvre de maître Cheng Lyusheng présentée dans cette exposition auCentre culturel de Chine à Paris appartient à cette expression artistiqueauthentiquement chinoise en sa source, mais aussi renouvelée et contemporaine.

Un grand merci à l’artiste pour nous donner ainsil’occasion, grâceà cette belle exposition parisienne, de contemplerune véritable création.

Jacques GIÈS